Procès de la « Bande à Mickey » : règlements de comptes à Chinatown

Quand la 23eme chambre se retrouve au cœur des règlements de comptes dans le milieu des vendeurs à la sauvette du 13eme arrondissement, sur fond d’affaire criminelle.

Article publié dans le numéro 50 du 13 du Mois 

En attendant son tour, la plaignante se met à l’aise. Cheveux lissés, paupières et lèvres maquillées, Madame T. s’est préparée pour l’occasion. Mais une après-midi au tribunal, c’est long. Sous le banc, elle enlève ses chaussures et agite ses doigts de pieds peinturlurés, en soupirant un peu. Bien assez vite, elle va se retrouver à la barre, en face de celui qui la terrorise depuis des années et qu’aujourd’hui, elle accuse d’extorsion.

Le prévenu, la mâchoire prognathe, le cheveu dru et court, porte un imperméable jaune. A 45 ans, son teint gris et fatigué lui en donne dix de plus. Pendant près de deux années, monsieur NG, comme nous l’appellerons, aurait soutiré de l’argent auprès de plusieurs vendeurs à la sauvette du 13eme arrondissement de Paris. madame T fait partie de ceux-là. Tous les jours, de 11h à 19h, elle pose son stand de gâteaux asiatiques le long de l’avenue d’Ivry. Un boulot qu’elle exerce depuis longtemps. C’est elle qui centralise les recettes des autres vendeurs. C’est elle aussi qui ose prendre la parole. Il faut dire que Madame T est au cœur de ce dossier, qui se joue en fait sur fond d’affaire criminelle. En décembre 2014, son mari aurait tué le complice de monsieur NG, en réaction aux menaces et au racket incessant de ce duo de toxicomanes, qui se faisait appeler « la Bande à Mickey ». Alors que son mari est aujourd’hui derrière les barreaux, Madame T l’affirme : les menaces n’ont pas cessé, quand bien même la « Bande à Mickey » est désormais réduite au seul monsieur NG.

Mais à la barre, elle peine à convaincre. D’abord véhémente, la plaignante interrompt le prévenu qui tente, tant bien que mal, de s’expliquer à l’aide d’un interprète. Les juges lui lancent des regards agacés et quand vient son tour de s’expliquer, la voilà qui fond en larmes. Dans le box, monsieur NG affiche un sourire satisfait. Il doit comprendre qu’il gagne du terrain et que les gesticulations de la petite vendeuse, loin de l’accabler, lui rendent service.

– « Madame, je vais me permettre une question, avance la juge. Vos accusations ont-elles un rapport avec le fait que votre mari soit aujourd’hui en prison ? »

Sac de cuir et chaîne en or

Entre deux sanglots, la plaignante jette pêle-mêle les mots « couteau », « argent », « menaces ». Aux juges de les attraper au vol. Reste que dans la rue, les témoins potentiels de ces agressions sont tous sans papiers. Résultat : pas question pour eux d’aller porter plainte. Seul l’un d’entre eux s’est laissé convaincre, et son entrée dans la salle d’audience fait sensation. Au bout de quelques interminables minutes, il arrive, le regard perdu, à tout petits pas. Il porte dans ses bras tout son barda : une ou deux vestes, un sac, qu’il dépose maladroitement sur le banc des avocats. Ses cheveux sont rasés d’un côté de sa tête, longs de l’autre. D’une main tremblante, il ramène sans cesse en arrière les quelques mèches qui lui restent sur le sommet du crâne. Un petit sac en cuir noir et chaine en or pend à son épaule. Lui aussi bafouille. Il parle parfaitement français, mais ne semble pas en mesure de comprendre les questions qu’on lui pose. Pourtant, il finit par parler de ce monsieur NG, dans le box, qu’il connaît depuis longtemps. Qui le prévient quand la police arrive au coin de la rue, qui l’aide à remballer son fonds de commerce (des crevettes et des chips) et qui, en échange, lui demande de l’argent : 15 ou 20 euros, en principe.

Et cette fois – magie du tribunal – le prévenu ne cherche plus à nier.

– « Oui, ça a dû arriver quelques fois, que je lui demande de l’argent.
– Combien de fois ? demande la juge. Elle se redresse sur son siège, flairant le rebondissement
– Trente ou quarante fois ces derniers mois », répond Monsieur NG d’un ton léger, ne réalisant pas tout-à-fait quel genre de piège vient de se refermer sur lui.

Les témoins parlent d’un couteau, lui nie s’être jamais servi d’une arme. Or, l’extorsion est caractérisée lorsqu’on use de la force pour soustraire à quelqu’un quelque chose. Une nuance finalement dépassée par le tribunal, qui le condamne à 8 mois d’enfermement, avec mandat de dépôt et 2000 euros de dommages et intérêts à verser à la victime, dont rien ne laissait présager qu’elle serait finalement prise au sérieux.

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« Mon cousin Coulibaly » : un procès pour apologie du terrorisme

Un jeune homme de 21 ans a été condamné ce mercredi par la 23eme chambre à deux mois de prison ferme et 1.200 euros d’amende pour avoir vanté les faits de son « cousin Coulibaly ».

Article publié initialement sur Metronews

C’est un procès comme il devrait s’en tenir beaucoup d’autres, dans les jours prochains. A la 23eme chambre du tribunal correctionnel de Paris, ce mercredi après-midi, on juge Moussa S., soupçonné d’outrage, de détention de stupéfiants et d’apologie directe et publique d’un acte de terrorisme. Cette dernière qualification, dans le contexte des actes terroristes perpétrés à Paris ces derniers jours, faisant 17 morts au total, est celle qui retient l’attention des juges.

Ce samedi 10 janvier dans la nuit, la traque des trois djihadistes présumés s’est terminée quelques heures auparavant. Dans le quartier des Halles (1er arr), au détour d’un passage, des cris alertent une patrouille de policiers. Moussa S., visiblement éméché, voit fondre sur lui cinq fonctionnaires de police. Il s’énerve, se débat et lance des insultes. Une fois menotté et emporté dans le fourgon, il lâche l’indicible : « Je vais vous flinguer, je connais des djihadistes et je vais venir avec une Kalash. Mon cousin Coulibaly, il n’en a pas tué assez, des chiens comme vous. Sur le Coran, demain je reviens avec un calibre », peut-on lire dans le procès verbal.

« Un chapeau qui n’est pas à sa taille »

Dans la salle, la tension est palpable. Le public est clairsemé ce jour-là, mais on l’entend pousser des soupirs d’indignation. L’accusé, 21 ans, est né au Sénégal et vit en France depuis 10 ans. Sans emploi, il est suivi par la mission locale de Colombes (Hauts-de-Seine). Cheveux tressés ramenés en arrière et épais blouson noir sur les épaules, il reste impassible. Avec constance, il nie avoir tenu de tels propos : « Coulibaly, c’est même pas mon cousin. J’aurais pas pu dire ça ! »

Reste que quatre fonctionnaires ont porté plainte. « Les policiers sont à cran en ce moment, ils ne pouvaient qu’être heurtés par de tels propos. Dans ce contexte, Monsieur S. savait bien que ses paroles seraient lourdes de conséquences », précise leur avocat à la cour. Le contexte – sensible et explosif – voilà ce que craint le défenseur de Moussa, dont le casier judiciaire est vierge. « Mon client porte un chapeau, un sombrero, qui n’est pas à sa taille. Dans une telle atmosphère d’inquiétude, on peut comprendre que le contrôle ait dérapé », résume-t-il. Plus tard, l’avocat nous confie : « On ne peut pas parler d’une apologie publique, puisque les propos ont été tenus dans le fourgon des policiers. Pour cette raison, j’ai plaidé la relaxe ».

Jusqu’à cinq ans de prison 

Mais face à lui, la procureure tient à une « peine exemplaire ». Si l’apologie de terrorisme est passible de cinq ans de prison et de 75.000 euros d’amende, elle en demande huit mois ferme. Le tribunal tranche pour un an d’emprisonnement dont dix avec sursis, et 1.200 euros d’amende. Dans le Nord, quelques jours après les attentats, un homme de 34 ans a écopé de quatre ans ferme, pour ce même délit.

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De l’autre côté du box, la famille des prévenus

Dans le box des accusés ce jour-là, c’est un fils, une sœur. En correctionnelle, la violence se joue aussi de l’autre côté, sur les bancs du public.

Ils sont revenus de Grèce l’après-midi même. Prévenus par son avocate quelques heures plus tôt, la sœur et le beau-frère de Laurence S. ont écourté leur voyage pour assister à son audience en correctionnelle. Sur les bancs du public, assis au premier rang, le couple porte encore doudoune Quechua et chaussures de marche. Pas le temps de passer à la maison pour se changer.

La veille, Laurence, la quarantaine, est interpellée à son domicile. C’est son fils qui a prévenu la police. Dans la cuisine, la dispute tourne mal. Laurence empoigne un couteau et le lance à travers la pièce, vers le visage de son ado de 19 ans. L’arme est à bout rond, plus de peur que de mal, mais le geste terrible ne peut être retiré. « Maman, c’est la personne la plus gentille du monde quand elle n’a pas bu », confie le garçon à la police, en précisant qu’il ne portera pas plainte.

Laurence a aussi deux filles, jumelles, de douze ans. Elles sont déjà placées dans un foyer, leur garde ayant été retirée à leur mère quelques années plus tôt. On devine que c’est aussi pour elles, ces toutes jeunes nièces, que la sœur de Laurence et son mari sont revenus en urgence.

Expertise psychiatrique

« Nous allons accueillir les filles à la maison », confie la sœur à l’avocate pendant la suspension d’audience. « Mais, vous comprenez bien, on ne peut pas prendre le grand frère. Cette histoire de cocaïne, c’est trop pour nous » termine son époux, en s’excusant presque. Il ne sera pas question de « cette histoire de cocaïne » au procès, on n’en saura pas davantage. Mais elle est bien présente dans la tête de ce couple, dépassé par les événements, étourdi par des responsabilités qu’ils ne sont pas obligés de prendre.

La séance reprend, Laurence apparaît dans le box. Grande femme blonde, elle porte des lunettes rectangulaires sur un visage aux traits marqués. Sur ses épaules, un beau manteau beige avec capuche à fourrure qu’elle a dû emporter précipitamment à l’arrivée des gendarmes. Dans le public, sa sœur, cheveux bruns coupés courts, lunettes multicolores, s’agite et agrippe la main de son mari.

« Ma cliente demande une expertise psychiatrique et souhaiterait retourner à l’hôpital Sainte-Anne où elle a déjà séjourné par le passé », plaide l’avocate de Laurence. « En attendant les résultats de l’expertise, la prison n’est pas nécessaire. La famille de ma cliente est présente et peut la prendre en charge dès ce soir. Vous pouvez leur demander ! », poursuit-elle en se tournant vers le public, désignant d’une main le couple anxieux. A son évocation, la sœur de Laurence hoche frénétiquement de la tête.

« C’est quoi le dépôt ? »

« Nous n’écoutons pas les proches en correctionnelle et ce n’est pas aujourd’hui que nous allons commencer » précise la présidente du tribunal d’une voix ferme, un peu désolée. Elle perçoit bien, sans doute, le drame qui est en train de se jouer dans cette famille. Le poids que sera, qu’est sûrement déjà, cette sœur probablement malade et ses enfants dont on ne sait que faire, mais qu’il est simplement impossible de laisser tomber. A son tour, voilà ce couple embarqué dans la spirale judiciaire. Tous deux deviendront bien vite experts ès avocats et procès. En attendant, ils sont perdus. Le procureur de la République vient de requérir un mandat de dépôt contre Laurence.

« – C’est quoi le dépôt ? » chuchote précipitamment la sœur à l’oreille de son mari. Lui, image même du grand-père rassurant, cheveux et moustache blancs, ne sait pas quoi répondre. Ils comprendront vite que ce soir, Laurence pourrait passer sa première nuit en prison.

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« Le Subutex ? J’ai commencé en prison »

L’homme violent du métro était connu des services de police. Un dossier qui illustre, une nouvelle fois, que la prison telle qu’elle existe ne permet pas d’éviter la récidive et crée même de nouvelles addictions dangereuses.

Métro ligne 8. Il est 15 heures ce mercredi 27 août lorsque M entre dans la rame à la station Madeleine. Il se rend jusque Créteil, son lieu de travail. Dans le wagon, une place libre, à côté d’un bougre qui s’est endormi et déborde un peu sur l’autre siège. Qu’à cela ne tienne. M s’assoie et pousse du coude son voisin, qui soupire vaguement. En face de lui, O assiste à la scène :

– « Tu l’as poussé. Si c’est moi que tu avais poussé, je t’aurais collé une tarte, tu sais. »

Le ton est menaçant, le regard pas vraiment chaleureux. Pourtant M est loin d’imaginer qu’un brutal coup de poing va lui arriver sur le coin de la figure. En plein dans l’œil, M n’a rien vu venir. Aussitôt, la victime active la sonnette d’alarme du métro et tente de retenir son agresseur en s’agrippant de toutes ses forces à ses vêtements. Un deuxième coup, puis un troisième, achèvent de le mettre K.O. Résultat des courses : quinze jours d’Interruption Totale de Travail (ITT) et un fugitif dans les couloirs du métro.

Mais ce que l’agresseur présumé ignore, c’est qu’il vient de s’en prendre à un magistrat. Cruelle ironie du sort pour ce trentenaire déjà dégarni, lèvres épaisses et barbe de trois jours, sorti de prison en février pour faits de violences. Les caméras de surveillance et la géolocalisation du portable font le boulot, la police finit par retrouver O dans un rade du 20eme arrondissement, quelque peu alcoolisé. Son casier judiciaire, plein lui aussi, ne joue pas en sa faveur. Parmi les neuf condamnations qui y figurent, celle de 2008 retient l’attention : huit ans ferme pour séquestration et actes de barbarie.

Aux policiers qui l’interpellent, O reconnaît les faits :

– « J’étais en manque de Subutex, j’ai pété un câble. Ca a été lui, mais ça aurait pu être n’importe qui ».

Une excuse pas vraiment rassurante qui a le mérite d’apprendre à la Cour que le prévenu est accro à ce médicament, généralement prescrit comme traitement de substitution à l’héroïne. O est-il un héroïnomane repenti ? Pas le moins du monde. Le voilà qui explique au tribunal avoir commencé le Subutex en prison, sans même passer par la case opiacés. S’en suit une cure de désintoxication à l’hôpital Saint-Anne, apparemment insuffisante. A la fin de sa peine, O a été remis en liberté porteur d’une dépendance qu’il n’avait pas en entrant en prison.

« Changez-moi de prison, au moins! »

Pourtant, il sait qu’il va devoir retourner derrière les barreaux. Et cette énième détention provisoire est déjà un cauchemar :

– « J’avais peur de retourner en prison et je sais pourquoi maintenant. Ca se passe très mal. Les surveillants volent mon Subutex et je suis au mitard pour 21 jours. Ils m’ont mis tout nu ! Pourquoi madame la Juge ? Peut-être ils m’ont piqué et moi j’en sais rien ! Changez-moi de prison, au moins ! » hurle-t-il, désespéré.

Une moitié de vie passée derrière les barreaux, un comportement dangereux et la récidive comme crédo. Difficile pour l’avocate de la défense d’adopter une plaidoirie qui tienne la route. Elle garde les lèvres pincées sur un sourire crispé lorsque son client, rageur, lui crache ces mots :

– « Vous me faites passer pour un fou ! ».

Pour la victime, grand homme dégingandé au visage sévère entouré de cheveux gris, sur lequel on devine encore la marque jaunâtre des hématomes, c’est un jeu d’enfant. M se présente seul, sans avocat, et assure lui-même sa défense. Il demande 12.000 euros de dommages et intérêts, ce que la 19e chambre sera chargée, le mois prochain, de déterminer. Après délibération, la Cour choisit de suivre les recommandations de la Procureure : trois ans ferme, maintien en détention. Retour à la case départ pour ce prévenu à qui la prison a déjà tout appris : la colère, la violence et la drogue.

>> Pour en savoir plus sur le Subutex en prison.

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Violences conjugales : quand la victime devient « menteuse professionnelle »

Ce jeudi 4 septembre, la 23e chambre correctionnelle de Paris a relâché, dans l’attente d’un nouveau procès, un jeune homme de 22 ans suspecté de violences conjugales. Durant l’audience, il s’est écroulé dans le box, en proie à une crise de colère. Son état a été jugé incompatible avec un procès immédiat.

Article initialement publié sur Metronews le 5 septembre 2014,

A. comparaît ce jeudi 4 septembre pour violences conjugales, vol et menaces de mort sur son ex-conjointe. Il a 22 ans. C’est le 29 août 2014 que M. porte plainte contre lui, pour la première fois, après une violente dispute suivie de coups. Le couple est pourtant séparé depuis un moment, mais suite aux nombreuses sollicitations de son ex, M. accepte, encore une fois, de quitter le foyer où elle s’est réfugiée pour le rejoindre au cinéma.

« C’est ta tombe que tu creuses »

Dans la voiture, la jeune femme envoie des textos. Ça ne plaît guère à Monsieur, qui lui confisque son téléphone et son sac par la même occasion. Pour la peine, elle reçoit des coups aux bras, aux côtes et aux cuisses, alors que le couple pense attendre un bébé. C’est la dispute de trop.

Le 2 septembre, les policiers vont chercher A. à son domicile de Melun. Lors de la confrontation, M. récupère son sac – auquel il manque 100 € en liquide – et montre les SMS qu’elle a reçus : « C’est ta tombe que tu creuses en faisant ça » – sous entendu en portant plainte – « tu vas finir handicapée ».

Hématomes de 14 centimètres

Des menaces de mort en bonne et due forme qui viennent s’ajouter aux différents épisodes de violence que la victime énumère face aux policiers. Un jour dans le bus, il lui claque violemment la tête contre une vitre. Une autre fois, parce qu’elle ne lui avait pas demandé la permission de sortir, il l’enferme chez lui à double tour et lui confisque ses clefs.

Un médecin expert détecte des hématomes et des plaies sur tout le corps de M. Autour des deux poignets, sur le visage, aux cuisses, aux bras. Le bleu le plus important s’étale sur 14 centimètres. La jeune femme se voit attribuer six jours d’interruption de travail.

« Menteuse professionnelle »

Lors du procès, l’affaire semble tristement banale. A. sanglote dans le box des accusés, M. est représentée par son avocate. Mais bientôt, un coup de théâtre vient renverser la donne. L’avocat du mari frappeur suspecté démontre que la jeune M., déjà condamnée pour escroquerie, avait réalisé un faux certificat de grossesse. À l’hôpital, aucune trace d’une éventuelle échographie, d’un quelconque rendez-vous.

C’est la confusion générale. De victime, M. devient supposée manipulatrice. « Mon client est juste un amoureux éconduit face à une menteuse professionnelle » déclare alors l’avocat de A. à une cour qui semble oublier que les hématomes sur le corps de son ex-compagne sont quant à eux bien réels.

État incompatible

À cet instant, l’accusé s’effondre dans le box. Dans une longue complainte, il se cogne contre les parois vitrées et s’écroule contre les jambes du policier derrière lui. Son état est jugé incompatible avec un procès par la juge, qui décide d’ajourner l’audience.

Alors que la procureur demande un placement en détention provisoire, dans l’attente d’un nouveau jugement, le tribunal se montre étonnamment clément envers un homme qui a déjà été condamné pour des faits de violences conjugales. Jusqu’au 7 octobre, date à laquelle reprendra son procès, A. est placé sous contrôle judiciaire à l’extérieur. Certes, il a pour interdiction d’entrer en contact avec la jeune femme, mais suite à ses menaces de mort, il retrouve pour le moment, la liberté.

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K.H ou le procès d’un fou

La 23ème chambre juge aujourd’hui un jeune homme visiblement perturbé. Grand simulateur ou vrai déséquilibré? La différence est de taille puisqu’en prison, on ne met pas les fous.

Les faits qui sont jugés dans cette affaire sont très simples. Aux abords de la gare du Nord vers 21 heures ce samedi 5 avril, une jeune femme se dirige vers les quais pour prendre son train. Soudain, surgi de nulle part, un homme la rattrape, se met à sa hauteur et sans raison apparente, la frappe au visage. Un coup de coude, près de la bouche. Un témoin assiste à la scène, maîtrise l’individu et très vite, ce dernier est interpellé par les forces de l’ordre.
Première observation : l’homme est saoul. Il sent l’alcool, ses yeux sont vitreux et surtout, il tient des propos parfaitement incohérents. Une affaire d’ivresse sur la voie publique de plus dans les tuyaux de l’administration judiciaire, peut-on penser.

Seulement, lorsque deux jours plus tard, il comparaît devant le tribunal de la 23ème chambre, les juges, les avocats et le public sentent bien que quelque chose ne tourne pas rond. Voilà un homme qui est censé avoir dessaoulé et qui pourtant, n’arrive pas à aligner deux mots cohérents. Une expertise psychiatrique est demandée, l’affaire est renvoyée.

Alors dans cette audience du 12 mai se joue bien plus qu’un procès pour fait de violence en état d’ivresse. On va y déterminer si cet homme, dans le box des accusés, est un fou. On va y déterminer si sa place est en prison, ou davantage en hôpital psychiatrique. Dans tous les cas, son casier judiciaire déjà bien rempli ne le rend plus accessible au sursis.

«Je suis malade, m’dame»

Sous le coup d’un mandat de dépôt, K H est incarcéré depuis un mois et demi à Fleury-Mérogis. Il ne parle pas à ses codétenus, ne sort pas en promenade. Il n’a qu’une réclamation, récurrente, celle d’obtenir du Valium pour soulager « ses problèmes au niveau de la tête ».

Et c’est vrai que durant cette audience, il semble en avoir, des problèmes. Engoncé dans un survêtement rouge et noir, le visage fin et les cheveux bruns impeccablement coupés, il garde les yeux dans le vide. Quand il prend la parole, à tout bout de champ, pour interrompre la juge, les parties civiles ou encore son propre avocat, sa mâchoire est serrée, ses propos incompréhensibles. À chaque instant, il se lève, se jette sur le micro dans lequel il bredouille ce qu’il pense être de bonnes excuses, puis se rassoit, la main d’un policier sur son épaule. Parmi ses interjections, on comprend seulement, plusieurs fois, prononcé d’une voix tendue : « je suis malade, m’dame ».

Tant bien que mal, la présidente du tribunal poursuit son interrogatoire, d’un ton plein d’empathie qui lui est inhabituel. Chacun, dans la salle, a l’impression d’assister au procès d’un fou, d’un jeune fou de 18 ans, un peu violent, avec un penchant certain pour la boisson.

Grand simulateur

Et pourtant, quand vient le moment de rendre les conclusions de l’expertise psychiatrique, tout bascule. Le rapport ne fait état d’aucun trouble qui puisse venir perturber son discernement, d’aucune anomalie mentale qui n’altère sa responsabilité. Certes, on remarque une tendance à la frustration, à l’égocentrisme. Rien de bien extraordinaire qui justifie de frapper une jeune femme sans raison. Enfin, il est fait mention dans ce rapport, à sa toute fin, que l’expertise s’est déroulée dans de très mauvaises conditions. Que les insultes répétées proférées par le jeune homme tout comme son comportement inapproprié rendent pratiquement impossible le travail de l’expert.

C’est bien sur ce rapport que le tribunal se fonde, cependant. Et le procureur de rajouter lors de son réquisitoire: « Nous sommes face à un grand simulateur qui fait son cinéma, qui sait bien répéter à l’envi qu’il est malade, mais ne saurait pourtant justifier ses actes, dès que les questions vont un peu plus loin. »

« Il est parano, psychorigide et antisocial, poursuit l’avocat général, mais combien des prévenus qui comparaissent devant la 23ème chambre ne sont-ils pas atteints de ces maux ? Ils le sont tous, c’est pourquoi je réclame pour monsieur H. le même traitement que pour les autres : un an ferme. »

Six mois ferme

Après un délibéré inhabituellement long, le tribunal choisit de suivre l’avis de l’expertise psychiatrique. K H est reconnu pénalement responsable et coupable des faits qui lui sont reprochés. Il repart ce soir, et pour six mois, à Fleury-Mérogis.

Mais en quittant la salle d’audience ce jour-là, une question nous taraude. Ce garçon au regard vide, aux propos compulsifs et souvent incompréhensibles, incapable d’organiser sa défense, est-ce bien là le quotidien de la 23ème chambre ? Tout au long de la semaine, dans ce box, défilent bien plus souvent des prévenus qui cherchent à demander pardon ou du moins, à se montrer sous un jour favorable devant le tribunal.

Non, ce jeune homme de 18 ans n’était pas un prévenu comme les autres. A nouveau menotté dès l’annonce du verdict, il part pourtant les rejoindre en prison.

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Trois ans ferme pour le « bourreau domestique »

De nombreuses affaires de violences conjugales sont jugées à la 23ème chambre. Mais ce lundi 5 mai, c’est une audience particulièrement difficile qui s’y joue, pour un dossier qui ne l’est pas moins.

Il ne paie pas de mine pourtant, cet homme qui apparaît dans le box encadré par deux gendarmes, le visage fermé, l’œil fatigué.  Difficile de croire que Y S., ce monsieur replet, crâne dégarni et barbe naissante, est celui qui a fait vivre à sa femme un calvaire long de vingt ans.

Mais les preuves sont là. Les photos d’abord, insérées dans l’épais dossier des juges et surtout, exhibées au nez du prévenu par le procureur durant son réquisitoire. Et ils sont terribles ces clichés. On y voit sur le dos, le ventre et la poitrine de cette femme des hématomes d’une vingtaine de centimètres sur trente, rouges vifs, bleus, verts. Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, qui ne veulent dire qu’une chose : les coups étaient étalés dans le temps. Fait étrange, quelques bleus sont en forme de « u ». On comprendra plus tard que ces marques sont celles de la barre de fer de l’aspirateur, avec laquelle Y. frappait sa femme.

« Si tu leur fais la bise, je te tue »

« Je suis battue depuis toujours » confie B S. qui a trouvé la force de se déplacer au tribunal. « Depuis toujours », ça veut dire depuis leur mariage, en 1995. Elle subit d’abord des gifles, puis viennent les brimades et les privations. Son mari, excessivement jaloux, lui confisque son portable et supprime son compte bancaire. Le salaire de B., alors assistante maternelle, est versé directement sur le compte de son époux, à qui elle demande la permission de pouvoir dépenser son argent. Alors, en 2003, fatiguée de travailler au seul profit de son mari, elle démissionne. « Je suis coupée du monde, je ne sors que pour faire les courses et emmener les enfants à l’école. Je n’ai pas d’amis, pas le droit de côtoyer d’autres hommes. Il me disait : si tu leur fais la bise, je te tue ».

Et puis vient le mois de février 2014, et dans l’esprit de Y, s’installe une idée fixe. Il est persuadé que son propre frère et sa femme entretiennent  une liaison sous le toit familial, où ils vivent tous ensemble. Y. veut savoir la vérité, coûte que coûte. Il pose des enregistreurs dans la maison et se met à battre sa femme avec la régularité d’un métronome.

« Ça se passe dans le salon où il a son petit rituel et ça peut durer toute la nuit», précise B. dans le procès verbal. « Il commence par monter le son de la télévision, me menace de me blesser si je crie et il me frappe avec la barre de l’aspirateur, ou bien à coups de pieds et de poings. Il a caché un couteau dans le canapé et souvent il le sort pour menacer de me couper en deux, si je ne lui avoue pas l’adultère. Jeudi dernier, il a voulu me tondre les cheveux. Je n’ai pas pu lui empêcher de couper. »

Rappel de l’Histoire

Et en effet, depuis le fond de la salle d’audience, on voit bien que le carré noir  de B. est inégal par endroits, que des mèches coupées drues s’en échappent. Terrible rappel de l’Histoire que cette femme qu’on a voulu tondre au prétexte d’une supposée liaison, et qui pourtant se tient droite et fière à la barre, poursuivant son récit sans un regard pour son ancien compagnon, en larmes dans le box des accusés.

Ce soir du 30 mars 2014, la barbarie va trop loin. Le fils aîné du couple a tout entendu de la scène, comme ses trois frères et sœurs âgés de 7, 9 et 11 ans. Lui a 20 ans, et si son père l’a battu jusqu’à sa dix-septième année, il a cessé de lever la main sur cet enfant qui est devenu un homme, qui le dépasse de plusieurs dizaines de centimètres et a gagné en muscles grâce à des cours de boxe. En voyant le visage tuméfié et le corps boursouflé de contusions de sa mère, il prend la décision d’appeler la police. Il est 3 heures du matin, c’est la fin du calvaire pour une femme qui aura dû attendre de se faire libérer de la cruauté d’un époux par la témérité d’un fils. En vingt ans, par peur de perdre ses enfants, B. n’avait pas déposé une seule main courante à l’encontre de son mari.

Au moment du procès, cela fait un mois que Y. dort à la maison d’arrêt de Fresnes. Entre deux sanglots bruyants, il souffle au tribunal qu’il ne tiendra pas le coup en prison. Volontaire pour entamer une procédure de divorce et confier la garde des enfants à sa femme, il n’aspire plus qu’à une chose : reprendre une vie normale et retourner travailler. Mais la présidente du tribunal, d’une rare virulence, ne semble pas pencher pour une issue favorable. Pendant près d’un quart d’heure, elle assène question sur question, sans laisser le temps au prévenu paniqué de formuler correctement ne serait-ce qu’un début de réponse.

« Tombée dans la baignoire »

Par un véritable tour de force, elle parvient à faire ce que les policiers avaient fini par abandonner dans les locaux de la garde à vue : arracher des aveux à ce mari cogneur qui soutenait jusqu’alors que sa femme était simplement « tombée dans la baignoire ».

« Oui, c’est avec ce tuyau en fer que je la battais, je suis sincèrement désolé » finit-il par lâcher, épuisé. Dans la salle, la tension est palpable. Toute la famille du prévenu s’est déplacée pour assister à l’audience. Le fils aîné croise les bras d’un air déterminé mais il ne peut empêcher sa jambe de trembler en un tic compulsif. Non loin de lui, la mère de l’accusé ne semble pas comprendre ce qui lui arrive. A chaque diatribe sévère de la présidente, la vieille dame lève la main, comme à l’école, pour défendre son fils.

Au cours d’un long et emphatique réquisitoire qui ajoute encore à l’ambiance solennelle du moment, le procureur de la République, non sans insister sur « la cruauté de ce tyran domestique », réclame une peine mixte de 18 mois d’emprisonnement et s’interroge sur le devenir de sa femme. Désormais sans ressources et vivant dans le même appartement que la famille de son bourreau, il s’agit à présent de trouver des solutions pratiques pour débuter une vie nouvelle.

Appel

S’il est rare que le tribunal prononce une peine plus lourde que ce que réclame le représentant du ministère public, ce procès exceptionnellement dur fait décidément figure d’exception. Jugé par trois femmes, Y S. est condamné à trois ans de réclusion.

Une peine « beaucoup trop élevée » selon son avocat qui avait plaidé la jalousie maladive et qui nous confirme qu’il fera appel dans les dix jours.

 

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« Les voix dans ma tête sont revenues, Madame la Juge »

Deux vieux amis se retrouvent au tribunal après une dispute qui a mal tourné. Une histoire qui commence en hôpital psychiatrique et se termine devant la 23ème chambre.

Il est des personnages qui attirent l’attention du journaliste, qui aimantent son regard et son bloc-notes, qui presque l’hypnotisent. Et dans une pièce, un tribunal rempli d’autres personnes et d’autres histoires, le journaliste ne verra que ses protagonistes privilégiés, parce qu’il sait qu’ils lui offriront la belle histoire. Une histoire incarnée, vivante.

JP et C. sont de ceux-là. Au terme d’une après-midi chargée en affaires de cambriolages, de vols à l’arrachée et de conduite en état alcoolique, voilà que les juges de la 23ème chambre doivent se prononcer sur une bagarre entre amis.

C’est JP qu’on remarque d’abord, évidemment. Il est assis depuis le début de l’audience au fond de la salle, sur une chaise en plastique et non sur ces bancs raides en bois comme tout le monde. Il est replié sur lui-même, comme un automate un peu cassé, mais on devine que c’est un homme très grand. Ses cheveux longs, gris et filandreux lui tombent dans le dos et sur le visage. Le bras gauche enfermé dans un plâtre à la propreté douteuse et le visage tuméfié, JP, la soixantaine entamée, a des pantoufles aux pieds et porte un jogging qui découvre à moitié ses fesses dénudées.

Le clochard et le mafioso

Dans le box des accusés est amené C. Bel homme, 45 ans, costume cravate. Il ressemble à un italien de la mafia, lorsqu’elle en imposait encore. Trouvant du regard JP, qui s’est déplacé- traînant sa chaise en plastique derrière lui- à côté du banc des parties civiles, il lui adresse un franc sourire et, malgré les menottes, lève un pouce vers le ciel.

Quel est ce duo improbable, formé d’un vieil homme à l’allure de clochard et d’un homme aux faux airs de mafioso ? Qu’est-ce qui a bien pu les amener à se retrouver de part et d’autre du box des accusés, l’air contents de se retrouver quand-même presque entre amis, presque sans rancune ?

Dans la nuit du 10 mars 2014, vers 4 heures du matin, JP est en train de se coucher. Mais dans le petit studio de JP ce soir-là, comme tous les soirs depuis cinq mois, il y a C, qui tente de dormir et qui trouve que son colocataire de fortune fait décidemment trop de bruit. S’en suit une violente bagarre, à coups de bouteilles de verre et d’une mystérieuse pipe en bois.

Caviar et pizzas

Qui utilise la bouteille, qui se rabat sur la pipe en bois et combien de coups sont portés ? Le tribunal peine à le savoir. C revient sur ses déclarations et bredouille des explications inintelligibles. Il parle du caviar et des pizzas qu’il avait amenés ce jour-là pour l’anniversaire de son ami, d’un éventuel loyer qu’il comptait lui payer, bientôt, des coups que tous deux se sont portés sans qu’aucun ne s’en souvienne exactement. C’est pourtant JP qui est le plus amoché.

Sans tenir compte le moins du monde des règles de bienséance qui imposent dans un tribunal de parler quand la parole vous est donnée, JP grommelle dans son coin d’abord puis interpelle son compagnon, en le pointant du doigt.

«     –  Mais dis-leur ce que tu as raconté au commissariat pendant la confrontation, tu te souviens plus ? »

Position gênante

Et JP se lève, difficilement. Il se met à mimer la scène en faisant de larges gestes avec ses bras. A chacun de ses mouvements, son pantalon descend un peu plus sur ses fesses. Etrange ambiance dans le public, auquel JP tourne le dos. Chacun se demande à quel moment le témoin se retrouvera en position pour le moins gênante devant la présidente.

Mais le pantalon tient bon et JP poursuit :

«    –   Quand il m’a dit que je faisais trop de bruit, je lui ai répondu ‘ferme ta gueule tu me fais chier’ et puis je l’ai bousculé.

–    Mais non, t’es un psychopathe mon vieux, c’est toi qui m’a frappé en premier et la bouteille, c’est sur moi qu’elle s’est cassée ! » lui rétorque C. de plus belle, avant de s’adresser à la présidente, qui ne sait plus à qui elle doit dire de se taire.

« Je voulais pas le frapper, ça me fait mal au cœur de le voir dans cet état. Mais je me suis défendu madame la Juge. J’avais peur. Des fois, vous savez, il devient fou et bon… il pèse 120 kilos quand-même ! Et puis en plus, les voix dans ma tête sont revenues car ça faisait cinq jours que j’avais pas pris mes médicaments…j’ai pas géré. ».

Paranoïa

Ses médicaments ? Oui, car C. est soigné pour paranoïa, depuis de nombreuses années. Son ami JP aussi, d’ailleurs. Tous les deux se sont rencontrés à l’hôpital psychiatrique d’ Esquirol, pour ne plus jamais se quitter. Cet hiver, sachant que C. était sans domicile fixe, JP lui avait proposé de l’héberger.

« C’est bien gentil de votre part monsieur, soupire la présidente, mais deux personnes paranoïaques vivant sous le même toit, ça ne fait pas bon ménage »

Pendant le réquisitoire de la procureur, le regard des deux hommes se croisent. C, depuis le box, hoche la tête en direction de son ami, d’un air rassurant. Il écope finalement de six mois d’emprisonnement avec sursis et d’une interdiction d’approcher JP pendant un an. C’est la police qui récupérera ses affaires chez son ancien colocataire.

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« Il vous faut de la bouillie d’os pour prouver un accident, vous? »

Une course-poursuite entre un chauffard et la police se termine sur un passage piéton, un enfant de 13 ans projeté au sol. « Une affaire particulièrement grave », signale la présidente de la 23ème chambre.

La petite amie de K. est assise dans la salle d’audience, une main posée sur son ventre bien rebondi. Le mois prochain, elle accouchera d’une petite fille. Depuis le box des accusés, K., 23 ans, visage fin et mystérieux signes chinois tatoués dans le cou, lui envoie des baisers en soufflant dans le creux de sa main. La scène pourrait éventuellement être romantique si elle ne se déroulait pas dans un tribunal, dans l’attente du verdict qui enverra K. en prison. Il risque un an ferme pour avoir blessé un enfant pendant une course-poursuite en voiture dans les rues de Paris.

Il est tard dans la soirée du 12 mars lorsque K. est interpellé par des policiers ASP (agents de surveillance de Paris) alors qu’il téléphone au volant d’un BMW, dans les rues du 3ème arrondissement. Considérant que « les ASP ne sont pas des flics et qu’ils ne sont là que pour mettre des amendes quand on est mal garé », K. refuse de se soumettre à leur contrôle et de livrer les papiers de sa voiture, dont on apprendra plus tard qu’il n’en a guère. Il embraye et démarre en trombe, faisant une embardée pour éviter les agents de police qui entourent le véhicule.

 Passage piéton et trottinette

S’en suit une course-poursuite rue de Bretagne, à grands renforts de gyrophares, de sens interdits et de feux tricolores passés au rouge depuis longtemps dans l’indifférence générale. Au croisement des rues du Temple et Rambuteau, il y a un passage piéton. Et sur le passage piéton, il y a un enfant de 13 ans et sa trottinette.

K. a-t-il percuté ce gamin, qui selon un témoin, est projeté dans les airs avant de retomber lourdement sur le trottoir ? À ce stade de la course-poursuite, les policiers ont perdu la trace du chauffard qui, convoqué, se présentera plus tard au commissariat. Ils ne peuvent donc affirmer que l’accident a réellement lieu. L’accusé et son passager, quant à eux, maintiennent qu’il n’y a pas eu de collision.

Un miracle

« D’ailleurs, précise K., les policiers n’ont retrouvé aucune trace de choc sur l’avant-droit de la voiture ! ». Un argument qui ne convainc pas le moins du monde la présidente du tribunal : « Il vous faut de la bouillie d’os pour prouver un accident, vous? » lui rétorque-t-elle.

La jeune victime s’en sort avec quelques bleus au genou et au tibia, « un miracle » selon la juge. Reste que K. n’en est pas à son coup d’essai devant les tribunaux. Sorti de prison en 2011, son casier judiciaire témoigne de plusieurs condamnations diverses, parmi lesquelles vol et conduite en état alcoolique. En octobre 2012, son permis de conduire lui est retiré. Nombre de points restants : zéro.

10 mois ferme

Sans emploi, en résidence chez papa-maman, ce futur père de famille ne semble pas réaliser que c’est lui, parmi les autres accusés qui l’entourent dans le box, qui risque le plus gros. Pour la forme, il tente un semblant d’excuse : « J’étais au téléphone avec ma chérie, elle est sur le point d’accoucher, j’étais en panique. Et puis après, ça s’est emballé et je n’ai pas réfléchi ». Ah l’amour, ce fauteur de troubles.

Poursuivi pour trois délits – refus d’obtempérer, violences involontaires et conduite sans permis – K. est reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés et condamné à 10 mois de prison ferme, avec deux ans d’interdiction de se présenter à l’examen du permis de conduire.

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«Ma femme marque vite», la phrase préférée des maris frappeurs

«Affaire n°7, coups et blessures sur conjoint».  Le ton de la présidente du tribunal est las, presque découragé lorsqu’elle indique l’intitulé du dossier à venir. Triste habitude, la 23ème chambre connaît bien les maris frappeurs.

Depuis huit ans, Nadia est une femme battue. Pourtant, ce n’est que le 25 février dernier qu’elle trouve la force de porter plainte contre son mari, et la détermination pour aller au bout de la procédure. Ce soir-là, lorsqu’il rentre du travail, A., 43 ans, dépose son téléphone portable dans la cuisine. Parce que l’engin se met à sonner en son absence, Nadia a le malheur de soulever le clapet pour voir qui appelle son mari. S’en suit une violente dispute, celle de trop, que Nadia ne lui pardonnera pas.

« Il était en furie, décrit-elle aux policiers. Il m’a poussée contre le mur, m’a giflée plusieurs fois puis il m’a donné des coups au ventre et à la poitrine. Je l’ai menacé d’appeler la police et il a dit: Vas-y appelle, de toute façon les flics ne viendront pas, ou bien tu seras morte avant ». Leur fille, âgée d’une petite dizaine d’années assiste à toute la scène.

« Quand elle me tient tête, je m’énerve »

Pour justifier ses coups, du haut de son 1m93 et de ses 104 kilos, A. dit de Nadia qu’elle est « excessivement jalouse » et qu’elle « parle trop ». Quelques semaines auparavant, il la projette contre une commode et lui brise deux côtes. « Je vais te couper la langue et si je devais me remarier, je prendrais une muette! » lui assène-t-il.

Des propos qu’il regrette bien évidemment devant la cour, isolé dans le box des accusés, les mains agitées de tremblements. Pour autant, il ne reconnaît pas tous les faits. « J’ai pu pousser violemment ma femme lors de plusieurs disputes, explique-t-il. Quand elle me tient tête, je m’énerve. Mais je ne lève pas la main sur elle. Il arrive qu’elle heurte les meubles du couloir, mais ma femme marque très vite. »

À ces mots, la présidente lève les yeux au ciel: « Si vous saviez combien de fois on peut entendre cette excuse. Ma femme marque vite, c’est la phrase préférée des maris frappeurs, et on en voit beaucoup passer par ici. En plus, les coups sont avérés par les experts qui ont trouvé de nombreuses ecchymoses verdâtres sur le corps de votre épouse. »

C’est en 2006, après la naissance de leur fille, que A. devient violent. Plombier-chauffagiste, il est victime d’un accident de travail et enchaîne depuis de rares missions de quelques semaines. Dès lors, c’est Nadia qui ramène un salaire fixe à la maison et qui assure, par le biais de son père propriétaire d’un immeuble dans le 8ème arrondissement, un toit à sa famille. Cela fait deux ans que le couple souhaite divorcer, mais A. ne s’est jamais résolu à quitter le domicile. Pourquoi? « Pour la petite », répond-il au juge.

« Moi aussi, je serai frappée par mon mari plus tard? »

Une petite qui, comme le rapporte le procès verbal, demande parfois à sa maman: « Moi aussi, je serai frappée par mon mari plus tard? » En entendant cette phrase, A. fond en larmes, et la Présidente de lui demander:

« -Vous accepteriez que votre fille subisse cela?

-Non, je ne lui ferais jamais ce que je fais à sa mère. »

Jugé pour les deux derniers épisodes de violences qu’il a fait subir à sa femme, et non pour les huit années de coups et blessures au cours desquelles elle n’a pas osé porter plainte, A. est condamné à huit mois de prison avec sursis et interdiction de contacter la mère de sa fille.

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